Un petit grelot en trop

Comme elle ne comprenait pas très bien comment fonctionnait le monde, elle a essayé de le dessiner, avec le plus de détails possible. La tête penchée sur sa feuille pendant plusieurs heures, la langue tirée sur le côté, elle a choisi soigneusement ses feutres et, point par point, tenté de recopier la vie. Mais ça n’a pas marché.

Alors elle a beaucoup réfléchi en se grattant un peu la tête, puis elle s’est dit que ça devait plutôt être de sa faute : ce n’était pas le monde qui fonctionnait bizarrement, c’était sûrement elle qui avait un petit grelot en trop.

Elle a donc demandé aux experts de se prononcer.

Elle en a vu beaucoup, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Ils l’ont mesurée dans tous les sens, et puis lui ont dit d’un air très sérieux : « vous êtes trop grande pour être petite, et trop petite pour être grande ; vous avez des cheveux blonds, mais vous n’êtes pas blonde ; vous avez beaucoup de clochettes, mais ce n’est pas une maladie. Vous êtes trop bizarre pour être normale, mais trop normale pour être bizarre. Nous sommes donc formels : vous n’existez pas. »

Elle est rentrée doucement dans sa maison-coquille, s’est servi un petit thé chaud, et lui a dit en souriant : tu vois mon cher, nous n’existons pas, alors soyons heureux.