Spiritualité

Ouais, je sais, "spiritualité" c'est un gros mot pour beaucoup d'entre vous, ce le fut d'ailleurs longtemps pour moi aussi. Comme s'il y avait un grand danger à perdre ce que j'estimais être ma "rationalité".

Sauf que rationnellement, en bonne scientifique, j'ai fini par appliquer un doute méthodologique sur cette sphère comme sur toutes les autres, à lui laisser une chance, à l'explorer comme j'ai exploré n'importe quel sujet, issu des sciences dures d'abord, puis plus molles ensuite. À force de chercher des réponses sans les trouver, c'était ce qu'il me restait de plus "rationnel" à faire.

Ce ne fut d'ailleurs pas véritablement un choix… Imaginez, après avoir couru des kilomètres, cherché partout, interrogé des centaines de personnes, participé à tout un tas de communautés, imaginez l'état de fatigue, les dents cassées sur le bitume, la bête pratiquement achevée qui s'aperçoit qu'il reste une piste qu'elle n'a pas pris la peine d'examiner. Alors j'ai poussé la porte, doucement, avec méfiance certes, et pratiquement sans aucun espoir, mais mue par un ultime élan avant l'abandon définitif.

Bien sûr, derrière la porte, j'ai croisé des illuminés, des perchés, des gourous à trois francs six sous, des vendeurs de soupe, des prédicateurs de toutes sortes… Mais enfin, la plupart du temps, je n'y ai pas vu plus, ni moins, que ce que j'avais déjà observé auparavant partout ailleurs : un écart insupportable entre les paroles et les actes.

Dans ce maelström, certains mots ont néanmoins résonné plus que d'autres. Au milieu de la pelote, certains fils semblaient pointer vers quelque chose qui vibrait comme étant plus "juste" que le reste à mes yeux, quelque chose qui semblait donner un sens au reste de ce parcours chaotique. C'est que j'en avais dézingué des croyances de toutes sortes avant d'en arriver là. Je ressemblais à un moineau qu'on aurait passé au chalumeau : dépouillée de tout, ne ressemblant plus à rien, tétanisée par l'angoisse existentielle, assise par terre au milieu du désert à me demander dans quelle farce j'avais bien pu tomber et pourquoi.

Je me suis rendue compte qu'il existe des milliers de témoignages, et ce depuis des millénaires, qui évoquent tous la même "chose", que vous connaissez sans doute sous le terme d'éveil. J'aurais pu les rejeter d'un revers de manche arrogant, puisque ça n'était pas "scientifique". J'ai fait le choix de les écouter. De toutes façons, il me semblait que je n'avais plus rien d'autre de mieux à faire. C'est devenu un "intérêt spécifique" comme tous ceux que j'avais pu avoir avant.

Il est encore trop tôt pour partager ce que je découvre dans ces témoignages (même si j'en ai déjà fait état à travers une petite allégorie), mais voilà, j'avais envie de poser ce jalon, ici et maintenant.