Jeanne

Auteur-compositeur-interprète, Jeanne a arpenté la scène durant plusieurs années, en première partie de Moustaki, Higelin ou Fersen, en double affiche avec Vincent Delerm, et puis enfin toute seule avec son piano. C’est ainsi qu'on a pu la découvrir, longiligne et fragile dans un décor digne de « La cité des enfants perdus » où des bonbonnes d’eau en plastique pendouillaient du plafond.

À peine eu-t-elle achevé sa première chanson qu’elle s’est levée pour la dédier au premier rang, caché derrière son piano. « D’habitude je m’en fous, mais là ça m’énerve de ne pas vous voir » a-t-elle asséné avant d’entamer « Ça sent le sapin ». Le ton était donné et la soirée fut placée sous le signe du cynisme et de l’humour noir. Tantôt elle sautillait en hurlant, les muscles tendus par une rage à peine contenue, tantôt elle susurrait, presque envoûtante, assise sur le bord de la scène. «Public tu me plais » a-t-elle lancé tandis que ce dernier ponctuait un de ses titres par des « pou-pou » rythmés.

Alors certes, ce n’est pas un style très consensuel et il restait bien quelques places aux balcons du théâtre. Car il faut être resté en contact avec son enfant intérieur pour partager son plaisir de chanter en faisant des glous-glous avec de l’eau au fond de la gorge. Mais c’est peut-être ça qui séduit chez elle : sensible, touchante, et très incisive à la fois, elle ne semble pas s’embarrasser de bonnes manières et croque d’une voix acérée les travers de la société. Pour sa dernière date de la saison, Jeanne s’est fait plaisir et a facilement accepté d’honorer les trois rappels d’un public debout.