Angèle

Angèle est seule dans la maison de briques rouges. Elle en connaît les moindres recoins, à force d’y traquer la poussière et de frotter le carrelage moucheté. Comme chaque jour, elle a noué ses longs cheveux en chignon serré, enfilé la blouse anthracite autour de ses larges hanches de polonaise, et ajouté quelques gaillettes dans le poêle en fonte afin d’y déposer la sempiternelle cafetière.

À douze ans, elle travaillait déjà comme lampiste à la mine. Inlassablement, de matins blafards en soirées humides, elle a distribué les lampes aux mains crasseuses qui défilaient devant elle. Alors elle s’est estimée chanceuse lorsqu’un « gars des bureaux » s’est mis en tête de l’épouser. Elle a accepté sa nouvelle mission sans sourciller : tenir sa maison propre et préparer la soupe à ce brave homme pour les soixante prochaines années.

La wassingue dégouline en silence. Angèle n’a plus rien d’autre à faire que d’attendre. Elle se glisse doucement dans la chambre à coucher, s’assoit sur le couvre-lit à franges orange. Le tiroir de la table de nuit grince légèrement sous le poids de la plaque de marbre rose. Elle en sort une lettre jaunie qui exhale encore un léger parfum fleuri, la défroisse, et la relit, peut-être pour la centième fois.

Une larme presque sèche s’agrippe silencieusement à la pommette. Elle l’efface bien vite du revers de la main, la porte d’entrée vient de s’ouvrir.