Raymond, l’éternel forgeron

De son propre aveu, Raymond a « 80 ans bien tassés ». Pourtant, ce tarnais de souche n’ a rien perdu de son énergie et de sa passion, la forge. « Je suis devenu forgeron parce que je suis très frileux » explique-t-il avec un petit sourire amusé, « j’avais le choix entre boulanger et forgeron, je suis devenu forgeron, car c’est un métier que j’adore ». Et ce n’est pas une façon de parler : toute la maison de Raymond est truffé d’objets de tous âges qu’il a forgé ou remis en état. Au fur et à mesure qu’il découvre ces trésors, le vieil homme en oublie sa canne et va jusqu’à soulever un soc de charrue de 50 kilos pour le mettre en valeur ! Il est intarissable sur ce qu’il appelle ses « couillonnades » et c’est un véritable florilège d’objets et de mots anciens qui surgit de ses armoires : flèches du 14e siècle, rossignols, jougs, lopinière, rogne-pieds, age de charrue, varlope, feuille de saule ou rainette, « plus l’objet est rouillé, mieux c’est » déclare le retraité. « A l’époque, on plaçait jusqu’à 150 fers aux bœufs chaque jeudi au marché de Soual » raconte-t-il, « on achetait les ébauches à la quincaillerie Norbert Raynaud, rue Villegoudou à Castres, et certains hivers, j’ai forgé jusqu’à 3000 fers ». Un métier qui ne le quitte pas puisque le retraité continue de forger pour le plaisir dans son petit appentis, de participer à des expositions sur le patrimoine, et de se déplacer malgré son grand âge pour aller écouter des conférences sur la forge. Non seulement il adore faire revivre les objets du passé, mais il y a un mois encore, il soignait le pied d’une jument. « J’aimerais faire une exposition sur la maréchalerie » confie Raymond, avant de sortir d’une boite à chaussure la trousse de vétérinaire dont il a hérité lorsqu’il était enfant : « il m’a fallu trois semaines pour la rénover » partage-t-il avec beaucoup d’émotion. Quand à son enclume de 140 kilos toute rouillée, Raymond y tient comme à la prunelle de ses yeux : « Je veux qu’elle reste dans la famille ! » s’exclame-t-il plein de cette conviction qui semble l’empêcher de vieillir.