Pourquoi ?

Pourquoi ? J’en suis réduite à cette question qui, somme toutes, résume assez bien les milliers d’autres qui me traversent l’esprit à chaque instant.
Il m’est apparu que la seule thérapie valable est probablement ce pauvre stylo de plastique qui glisse sur le papier. Et pourtant…
Pourtant c’est l’angoisse qui m’envahit chaque fois que vient le moment de le saisir. La peur du regard des autres sur ces lignes, le manque de confiance lorsque je place la barre aussi haut que les Victor Hugo et autres Zola de mon enfance.
Ce regard qui juge et que j’abhorre parce qu’il me renvoie un singulier reflet.
Est-il possible de se sentir aussi faible et inexistante quand on a touché du doigt la lumière ?
C’est peut-être là que se trouve la clef. J’ai vu le soleil. Il m’a transpercée, envahie, transcendée. Et tout me semble si sombre à présent. Je cherche désespérément ce rai salvateur au milieu de la fange ; sur un visage qui passe et disparaît, dans la musique qui reste sournoisement silencieuse, dans l’oubli d’une quelconque substance chimique… Peine perdue. Je sais pertinemment qu’il est inutile de s’attaquer aux symptômes, en l’occurrence neurologiques, quand on ne s’attarde même pas sur leur origine.
Paradoxalement, la quête d’une, ou de plusieurs cause(s) est tout aussi destructrice que les symptômes eux-mêmes.
Parfois on a l’impression de franchir une étape, d’atteindre un but, d’obtenir une réponse même partielle. Mais les certitudes, si séduisantes soient-elles, constituent un danger pour le corps et l’esprit. Alors on repart. Les affres de l’incertitude, bien que foncièrement insupportables, me semblent préférables au cocon malsain d’une vérité considérée comme telle.