Petite règle du jeu de la manipulation

Ce manuel est à l’usage des personnes un peu trop naïves qui se demandent souvent pourquoi elles sont systématiquement le dindon de la farce dans le grand jeu de la vie. Nous les appellerons victimes. Il peut également s’adresser aux personnes conscientes de leurs pulsions manipulatrices et qui, avec un peu d’humour, souhaitent mieux comprendre le jeu auquel elles s’adonnent.

A noter que :

  • le nom de victime ne signifie pas que la personne en question n’est pas complice du jeu pervers : pour que le manipulateur puisse agir, il faut nécessairement que la victime soit consentante. On observe néanmoins que le profil de la victime est souvent celui d’une personne qui manque de confiance en elle, consciemment ou inconsciemment, le second cas faisant de la personne un partenaire de jeu idéal puisqu’elle ignore sa faille,
  • la description qui suit concerne le manipulateur conscient comme celui qui agit inconsciemment : que l’intention de manipuler soit claire dans son esprit ou non, les cartes jouées n’en sont pas moins les mêmes. Paradoxalement, le manipulateur souffre lui aussi d’un déficit de sa propre image. Pour se rassurer, il déploie donc une panoplie de sorts visant à maîtriser les situations et à s’assurer en permanence de l’attachement de l’autre.

Voici donc une liste, non exhaustive, des cartes favorites du manipulateur. Celles-ci sont déclinables à l’infini et surtout combinables entre-elles ce qui décuple leur force.

Sommaire :

  • La douche écossaise
  • Le ni oui ni non
  • Blanche-Neige et la sorcière
  • La pêche à la ligne
  • Colin-maillard
  • Touche-touche
  • Mensonge ou vérité ?
  • Conclusion

~ La douche écossaise ~

Description
Le principe est de systématiquement brouiller les pistes émotionnelles. Le manipulateur alterne donc régulièrement des périodes plus ou moins longues de comportements antithétiques : il passe subitement, sans explication logique, et surtout sans prévenir de la prévenance la plus adorable à la méchanceté la plus crasse et vice versa.

Conséquences
La victime confrontée à la méchanceté à souvent tendance à se demander ce qu’elle a bien pu faire de mal pour mériter ça. Dans le même temps, elle se souvient des périodes de gentillesse, ce qui confirme son sentiment de culpabilité et lui laisse l’espoir que la situation va s’arranger si elle fait un effort. C’est un moyen redoutable de créer une dépendance chez la victime qui cherche en permanence à retrouver le « gentil » en l’autre.

Exemples

  • Inquiétude disproportionnée après une absence de quelques heures de la victime, suivie d’un silence non expliqué de plusieurs jours.
  • Fleurs et petit-déjeuner au lit suivis d’une annonce de rupture temporaire « pour réfléchir ».
  • Fessée et cris suivis d’un câlin.

Indices
Dans les deux cas de figure, et en plus de l’alternance, le comportement du manipulateur est exagéré. Il est indépendant du comportement de la victime.

~ Le ni oui ni non ~

Description
A toute demande de la victime, qu’elle soit affective ou très concrète, le manipulateur réservera sa réponse « pour plus tard ».

Conséquences
La victime reste en attente d’une réponse, quelle qu’elle soit. Puisque le manipulateur n’a pas dit non, il reste un espoir de oui, mais puisqu’il n’a pas dit oui, il faut attendre pour agir. La victime est donc immobilisée et impuissante en l’absence d’un positionnement de l’interlocuteur. Si elle s’insurge et pose un ultimatum, le manipulateur peut alors utiliser la « douche écossaise » précédemment décrite pour la punir.

Exemples

  • « Est-ce que tu peux fixer la date de notre prochain rendez-vous ? ». « Oui bien sûr, je te dis ça très vite ! »
  • « Est-ce que tu vas quitter ta femme pour venir vivre avec moi ? ». « Je réfléchis beaucoup à ce sujet en ce moment, je te donnerai ma réponse bientôt… ».
  • « Est-ce que je peux avoir un bonbon ? ». « Nous aviserons si tu es sage ».

Indices
La victime passe son temps à attendre. Le manipulateur ne s’engage jamais à rien de précis en gardant ainsi tout pouvoir sur le déroulement de la relation.

~ Blanche-Neige et la sorcière ~

Description
Le manipulateur adore se faire passer pour une victime. Il va donc invariablement trouver une sorcière à conspuer. Celle-ci peut-être un événement, une autre personne de son entourage qui sera présentée comme un monstre (peu importe que ce soit une réalité déformée ou une pure invention) ou la victime elle-même.

Conséquences
La victime, pour peu qu’elle ait un peu de compassion, va plaindre le manipulateur de ce qui lui arrive voire l’aider à se défendre contre l’attaquant. Soit elle endosse elle-même le rôle de la sorcière, et dans ce cas il lui faudra déployer des trésors de tendresse pour prouver au manipulateur qu’elle regrette le mal qu’elle lui a fait, soit elle console régulièrement le manipulateur des malheurs qui lui sont encore arrivés sans jamais trouver la place de se plaindre elle-même.

Exemples

  • « Avec tout ce que j’ai fait pour toi, tu te plains ? Tu es injuste avec moi, tu me déchires le cœur… ».
  • « Je suis désolé d’être en retard ! Mais c’est à cause de ma mère, tu sais comment elle est… ».
  • « Moi aussi j’aimerais beaucoup qu’on parle tous les deux mais tu crois que c’es facile pour moi de trouver un moment avec tout le travail que j’ai ? »

Indices
Le manipulateur se plaint systématiquement de quelque chose ou de quelqu’un. Curieusement, c’est toujours indépendant de sa volonté, lui qui a par ailleurs tout pouvoir sur les choses et notamment sur votre relation.

~ La pêche à la ligne ~

Description
La pêche à la ligne est une variante plus subtile de la douche écossaise. Le manipulateur est très attentif à alimenter l’attachement que la victime a pour lui. Il va donc régulièrement lancer des hameçons bien appâtés dès qu’il va sentir que celle-ci prend du recul ou cherche à désinvestir la relation. Chaque fois que la victime prend conscience que la relation est délétère pour elle et qu’elle commence à se montrer distante, le manipulateur retrouve une vigueur et une attention insoupçonnée. La victime a donc un nouvel espoir de voir les choses changer et se rapproche à nouveau.

Conséquences
La victime est proprement enferrée dans un mouvement de yo-yo qui la ramène vers l’hameçon appétissant chaque fois qu’elle cherche à s’éloigner de l’hameçon vide. Elle est donc hypnotisée et garde toujours un œil sur le manipulateur lorsqu’elle commence à lui tourner le dos. A la limite, elle peut parfois utiliser cette arme pour devenir elle-même manipulatrice.

Exemples

  • « Je souffre trop, je te quitte ». « Mon amour, je suis désolé(e), je ne voulais pas te faire de mal. ».
  • « Si tu ne viens pas me voir, c’est simple, j’arrête tout ». « Oh, mais bien sûr que je vais venir te voir ! »
  • « Fous moi la paix » (s’enferme dans la chambre). « Qu’est-ce qui se passe ? Tu veux qu’on parle ? »

Indices
Le revirement est cette fois-ci directement provoqué par le comportement de la victime. Les ultimatum posés sont systématiquement reconduits.

~ Colin-maillard ~

Description
Le jeu de pouvoir par excellence. Le manipulateur l’affectionne car il maîtrise totalement la situation. Il ne se livre pas, reste mystérieux sur certains aspects de sa vie, mais pas tous, pour préserver la crédibilité de l’édifice global. Il organise des surprises annoncées et des scénarios alambiqués.

Conséquences
La victime n’a aucune visibilité sur ce que le manipulateur ressent ou pense, ni sur les événements. Elle peut donc difficilement prendre des décisions adéquates ce qui la paralyse ou provoque sa colère.

Exemples

  • « Cette semaine tu peux t’attendre à me voir débarquer à l’improviste mon amour… ». « Bon, pour ne pas risquer de rater la surprise, je vais annuler mon rendez-vous avec ma sœur alors ».
  • « Pourquoi tu fais la tête ? Ca ne va pas ? ». « … ».
  • « Ca t’ennuie si je sors ce soir ? ». « Tu fais ce que tu veux… ».

Indices
Il n’est pas toujours évident de détecter le colin-maillard puisque par définition on a les yeux bandés. L’opacité des propos ou des actes de l’interlocuteur provoque un sentiment d’impuissance.

~ Touche-touche ~

Description

Ce jeu consiste à se renseigner sur l’état (émotionnel, physique,…) de la victime puis à lui exposer systématiquement un contre-pied pour renverser la situation. Il est souvent mêlé de la carte « Blanche Neige et la sorcière » pour un meilleur effet.

Conséquences
Chaque fois que la victime exprime une émotion ou un besoin, le manipulateur lui renvoie l’émotion ou le besoin opposé. L’effet est généralement très culpabilisant car la victime a l’impression de gâcher le plaisir de l’autre ou au contraire de s’amuser pendant que l’autre souffre ou encore d’avoir une exigence initiale démesurée par rapport au besoin renvoyé par le manipulateur.

Exemples

  • « Allo, je me sens mal, tu me manques ». « Moi je m’éclate dans cette soirée si tu savais ! »
  • « Je me suis bien amusé(e) aujourd’hui ! ». « Hmm, c’est cool pour toi, moi je me suis ennuyé(e)… »
  • « Tu m’as dit que tu passais un jour de cette semaine sans préciser. Je voulais juste te prévenir que jeudi ce ne sera peut-être pas possible ». « Comment veux-tu que je m’organise dans ces conditions ? Bon tant pis pour toi, au pire ce sera la semaine prochaine. »

Indices
C’est parfois facile à repérer tellement c’est grossier. Le miroir inversé laisse la victime estomaquée.

~ Mensonge ou vérité ? ~

Description
C’est une arme transverse et diffuse donc redoutable. Le manipulateur intrique habilement des vérités et des mensonges sans qu’on puisse généralement identifier lequel est l’autre. Souvent le manipulateur lui-même ne sait pas réellement ce qui relève de la réalité ou de la fiction car il confond un peu les deux. L’alliance avec « Blanche Neige et la sorcière » est commune et efficace.

Conséquences
La victime ne sait jamais si le manipulateur affabule ou si cette fois c’est la vérité. Elle a donc le choix entre ne plus faire confiance globalement aux propos de l’autre, ce qui la met dans une position difficile et instable, ou alors croire aveuglément tout ce que dit l’interlocuteur, avec tous les risques que cela comporte.

Exemples
Difficile de donner des exemples pour cette arme qui par définition est fuyante.

Indices
A l’écoute des propos de l’interlocuteur, la victime ressent un malaise. Généralement, l’histoire est en même temps suffisamment crédible et curieusement inhabituelle ce qui laisse planer un doute. Dans tous les cas, la victime n’a aucun moyen de vérifier concrètement le scénario décrit.

~ Conclusion ~

Le jeu de manipulation est extrêmement addictif, tant pour la victime que pour le manipulateur lui-même. C’est pourquoi il peut durer des mois voire des années tant que les protagonistes n’ont pas conscience du jeu auquel ils s’adonnent. Ce jeu s’arrête généralement du fait de la victime, lorsqu’elle souffre trop. Elle peut alors adopter deux attitudes :

  • se transformer elle-même en manipulatrice et inverser les rôles : il est étonnant de constater que les victimes ont en elles une capacité à manipuler tout aussi grande que celle de leur interlocuteur. Elles connaissent les cartes de jeu parfaitement puisqu’elles les subissent depuis longtemps. De même, le manipulateur a une potentialité de transformation en victime. Leur point commun est le manque de confiance eu eux, ce qui les rend tellement complémentaires.
  • décider de couper court à ce jeu toxique pour elle : ce n’est évidemment pas simple. La victime doit trouver en elle la force de rompre le lien malgré tout l’attachement qu’elle peut encore ressentir.

De son côté, lorsqu’il est démasqué, le manipulateur peut opter pour l’une des solutions suivantes :

  • admettre sa défaite et changer afin de préserver la relation : malheureusement, c’est une hypothèse statistiquement improbable (mais néanmoins suffisamment attrayante pour laisser un ultime espoir à la victime) : en effet, il est très difficile pour le manipulateur de lâcher les rennes du pouvoir, de regarder en face le mal qu’il fait, et de décider de travailler à comprendre l’origine de son comportement pour le modifier.
  • se retirer du jeu avec les honneurs : le plus souvent, le manipulateur ne supporte pas d’avoir été percé à jour. Pour préserver sa structure interne, il va donc généralement s’appliquer à lui-même les cartes « Blanche-Neige et la sorcière », « Colin Maillard » et « Mensonge ou vérité ? ». Pour ce faire, il va construire mentalement une image adéquate de la victime qu’il va transformer en un monstre qui a cherché à lui nuire et « décider » de rompre la relation. C’est une manière de conserver l’illusion qu’il maîtrise la situation.

 

Avertissement légal

Les joueurs ont la responsabilité de vérifier les lois sur les jeux dans leur pays ou juridiction, et ils doivent le faire avant de jouer à n’importe quel jeu.

La décision de jouer n’engage que la décision libre de chacun et n’engage légalement aucune responsabilité de la part du créateur du jeu.

Les joueurs qui choisissent de jouer au jeu de la manipulation le font de leur plein gré et à leurs risques en sachant que dans tous jeux, il y a des risques de perdre beaucoup.

Le jeu de la manipulation comporte des risques et des dangers lorsqu’il est pratiqué de façon trop intensive et non maîtrisée. Si vous pensez avoir un problème de dépendance au jeu de la manipulation, n’hésitez pas à consulter et solliciter l’aide de partenaires spécialisés.