Lettre de p’tite sœur à son médecin traitant

Chère Judith,

Mon idée première était d'écrire aux personnes qui me font du mal, consciemment ou non, pour tenter de leur exprimer mes besoins, mes blessures et blabla.
Est-ce que cette idée m'a mise en joie ? Pas du tout (tiens donc ? comme c'est bizarre).
En voyant ma fille dessiner le reflet d'une horloge dans un miroir, je me suis dit que je tenais le bon bout. D'où cette lettre. Pourquoi ne pas, à l'inverse, écrire aux gens qui me font du bien, qui m'aident à cheminer plus sereinement ? Alors, reprenons :

Chère Judith,

Tu es la première personne à laquelle je pense dans cette démarche épistolaire de remerciements.

(Là, je fais une pause intérieure pour faire taire la petite voix si sympathique dans ma tête et qui dit : "Quelle tristesse ! Cette pauvre femme pense en premier lieu, dans sa liste de personnes bienveillantes autour d'elle, à… son médecin traitant. Quelle solitude pathétique !…
- Ta gueule la petite voix, je perds le fil"
Voilà, ça c'est fait, je m'entends mieux penser.)

Oui Judith, je voudrais te remercier. Parce que ça me fait du bien, parce que c'est trop facile de penser que, bien sûr, tu sais déjà la place importante que tu as dans la vie de tes patients. N'étant pas la porte-parole de mes copains de salle d'attente, je parlerai en mon nom.

Judith, merci. Il y a sept ans, j'ai quitté mon médecin traitant parce que je le trouvais quelque peu violent, déstabilisant et culpabilisant. Jeune maman à l'époque, les milliards de questions dansma tête me suffisaient à me sentir fragile, nul besoin d'en rajouter. J'ai poussé la porte de ton cabinet, flanquée d'un bébé sur ma hanche droite et d'un paquetage de peurs sur ma hanche gauche. Je suis ressortie avec bébé, et le sourire. Depuis, après chaque rendez-vous avec toi, je ressors légère, joyeuse et soulagée.
Aujourd'hui, je te remercie pour (liste non exhaustive) :

  • ton temps d'écoute vraie
  • ta bienveillance
  • ton non jugement
  • ton bon discernement
  • ton naturel
  • ta façon de ne pas créer de rapport sachant/ignorant
  • ta sagesse
  • tes partages de connaissances
  • ton sourire
  • ta constance
  • ton sens de l'humour

Et je m'arrêterai là parce que tu es mariée et que je n'ai pas de vues sur toi.
Merci d'être là pour nous.
Merci d'être qui tu es.

Ta patiente (qui, ayant vu grandir ton ficus, a intérêt de l'être)

PS : Collègues de salle d'attente, signez d'un petit cœur si vous approuvez !