L’awélé ou le jeu des semailles

Tout droit venu de Côte d’Ivoire, l’awélé appartient à la grande famille des mancalas ou « jeux des semailles ». C’est probablement le jeu africain le plus connu en Occident, mais il est également présent dans de nombreuses autres régions du globe : Moyen-Orient, Asie du Sud-Est, Antilles et Amérique Latine.

Ses origines se perdent dans l’histoire du continent africain et, si l’on a découvert des mancalas vieux de plus de 3500 ans dans les temples de l’ancienne Egypte, les historiens restent perplexes quant à la véritable date de la première apparition de l’awélé : au Cameroun, un peu avant notre ère, ou en Ethiopie, entre le Xe et le XIe siècle avant J.C. ? Son apparition sur le continent américain (Caraïbes, Antilles, Brésil, Louisiane) a accompagné les mouvements de populations provoqués par la traite des esclaves.

Du wari à l’owani en passant par l’awélé, la famille des mancalas est loin d’être standardisée : d’un pays à l’autre, les noms changent, les règles s’adaptent aux coutumes tribales, mais partout la convivialité est de mise. Généralement, seuls les hommes sont autorisés à jouer, sauf dans le cas de certaines variantes simplifiées comme le wali (Burkina Faso) où la vivacité est censée l’emporter sur la réflexion.

Parfois joué dans de petits trous creusés à même le sol, l’awélé se caractérise généralement par un long plateau en bois creusé de deux rangées de six alvéoles de tailles identiques. Pour les pions, 48 graines ramassées alentour font l’affaire.

Chaque joueur prend place en face d’une rangée et répartit les graines dans les alvéoles : chacune contient donc 4 graines au début de la partie. Il s’agit ensuite de semer et récolter les graines : chaque joueur à tour de rôle prélève les graines d’une alvéole située devant lui et les sème dan les alvéoles suivantes en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Lorsqu’il sème sa dernière graine, le joueur qui a la main peut récolter les autres graines de de l’alvéole à condition que celle-ci appartienne au camp adverse et contienne deux ou trois graines. Il peut ainsi remonter et récolter dans les alvéoles précédentes jusqu’à ce que l’une d’entre elle ne contienne qu’une seule graine ou plus de trois. La partie s’achève généralement faute de pouvoir récolter ou semer : le joueur ayant récolté le plus de graines (celles prises et celles restant dans ses alvéoles) est le gagnant.

On le constate, ces règles sont d’une simplicité enfantine. Mais tout comme de nombreux autres jeux de pions (Go, Othello,…), l’awélé est d’une grande richesse stratégique. Une des principales subtilités du jeu consiste à accumuler des graines dans une alvéole que l’on appelle alors « grenier » puis à redistribuer ces graines judicieusement et au bon moment afin de faire une grosse récolte. Le hasard n’a donc pas sa place, et le gain d’une partie passe par une réflexion mathématique afin d’envisager les coups de l’adversaire et d’élaborer sa propre stratégie.

L’awélé n’est pourtant pas un jeu « sérieux » : sa symbolique des semailles et du partage, l’originalité du principe de redistribution permanente, sont autant d’expressions de la culture africaine qui rendent les parties vivantes et gaies. Il n’est pas rare de voir des enfants jouer en riant à des variantes simplifiées de l’awélé : ils apprennent au fur et à mesure des parties à compter et à découvrir des stratégies plus élaborées.

Souvent relégué au rang d’objet décoratif en Occident, l’awélé ne mérite-t-il pas d’être (re)découvert ? Si d’aventure vous ressortez une boite oblongue du fond d’un grenier, n’hésitez donc pas à l’ouvrir et à plonger vos doigts dans les petits tas de graines !

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