L'art subtil du jeu de Go

Le Go, c'est comme la vie... c'est un univers où vous êtes, seul, le maître du jeu.
Takemyia Masaki "Le Go cosmique", Editions Algo

Un plateau en bois quadrillé (361 intersections), appelé Goban, des pierres noires et blanches : paré de ce matériel à la sobriété toute asiatique, vous voilà prêt à entrer dans un monde où tactique et stratégie ne sont que de ludiques prétextes à une perpétuelle découverte de soi.

Les règles du jeu de Go sont simples : le goban est un espace vide qu'il faut partager. Pour ce faire, les deux adversaires posent tour à tour une pierre sur une intersection afin d'encercler des zoes qu'on appellera territoires. Mais le pacifisme n'est pas toujours de mise : une règle de prise des pierres permet de contester le territoire adverse en "l'étouffant".

Ainsi, si le jeu de Go est régi par des lois d'équilibre des forces et d'échange, le goban est parfois le théâtre de combats sanguinaires où l'agressivité l'emporte sur la notion de partage à l'amiable, et où la mort locale d'un groupe de pierres peut amener à la victoire globale.

Dans la grande famille des jeux de plateau, le jeu de Go fait bonne figure : ce sont plus de 50 millions de personnes qui s'y adonnent en Asie, et de plus en plus d'Européens se laissent séduire par la simplicité de ses règles et la complexité de ses développements.
L'histoire veut que le jeu soit apparu en Chine il y a 4000 ans. Suivant la route des conquêtes, sa pratique s'étendra à la Corée et au Japon où il connaîtra son apogée dans le milieu de l'aristocratie au XVIIe siècle. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que le jeu fit son apparition en Europe, et il a fallu attendre jusqu'en 1969 pour qu'il commence à se développer en France, où nous avons conservé une grande partie du vocabulaire d'origine.

Les règles du jeu sont si simples et si naturelles que les enfants, dès l'âge de 4 ans, peuvent les apprendre. Il développe la mémoire visuelle des formes et la capacité de concentration. Pour autant, devenir un bon joueur de Go requiert d'autres qualités : la richesse combinatoire (songez qu'au Go, le nombres de situations possibles sur 6 coups est un million de fois plus élevé qu'aux échecs !) et formelle (de très nombreux livres traitent de séquences étudiées et considérées comme optimisées) du jeu le rendent parfois ardu à qui n'apprécie guère de pousser son esprit dans les dernires retranchements de la réflexion.

Cette richesse peut mener l'amateur jusqu'à une véritable addiction, et c'est également ce qui fascine les informaticiens désireux de créer des programmes capables de jouer au Go. Après un Deep Blue quasi imbattable aux échecs, le prochain défi est de mettre au point un programme capable de jouer correctement au Go. Aujourd'hui, si l'on sait que la meilleure piste passe par l'intellogence artificielle et non par la force brute du calcul, on est bien loin d'avoir créé un adversaire à taille humaine. Car si l'on peut envisager qu'un ordinateur sera un jour assez puissant pour anticiper tous les coups, quid des notions de force, d'équilibre des pierres, de beauté des formes...?

Si le jeu de Go est très prisé en tant que modèle informatique et économique (de nombreux stages de management le prennent comme base de réflexion), il n'en reste pas moins un jeu !

Et c'est sur l'Internet qu'il connaît actuellement son plus grand développement, à l'instar des autres jeux de plateau. Mais attention, au-delà de l'isolement physique inhérent à cette forme de communication, c'est le marasme intellectuel qui peut guetter le joueur. Il est en effet assez facile de se cantonner à une stratégie, bonne ou mauvaise, et de ne jamais progresser faute de commentaires extérieurs. Bref, si Internet apporte un progrès indéniable dans le monde du jeu de Go, il ne remplacera pas un sympathique séance d'initiation en club, l'ambiance feutrée et électrique d'un tournoi, ou une partie endiablée entre amis...

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