Françoise et Maguy

Maguy porte des escarpins noirs brillants dont les talons aiguilles claquent sur le granit rose du parvis du théâtre municipal. Elle semble vouloir à tout prix attirer l'attention, et elle y parvient, notamment grâce au fushia improbable de son corsage en popeline et au cliquetis de ses bracelets en laiton.

D'une voix rauque et autoritaire, elle apostrophe sa partenaire qui semble naturellement accepter sa place de dominée et se plier de bonne grâce aux caprices de la diva.

"Françoise ! On répète ?" aboie-t-elle soudain. Puis elle se lance dans une première tirade  pour signifier que la pause est terminée.

Nul ne sait si la didascalie conseille un ton méprisant, de toutes façons la comédienne amateur ne semble pas pouvoir s'exprimer autrement que d'une voix hautaine qui perce les tympans. Françoise obéit et répond en scandant sa prose avec autant d'application qu'une ado de quatrième.

La diva lui dispense alors d'aussi doctes que dérisoires conseils de mise en scène, avant d'éclater d'un rire tonitruant, s'assurant ainsi que personne alentours ne puisse encore ignorer sa présence.

Les deux quinquagénaires désœuvrées se sont donné la réplique de la sorte pendant une heure qui me parut interminable tandis que le grondement sourd de la rame de RER venait couvrir leurs voix à intervalles réguliers.