Étonnant non ?

Je viens de découvrir une nouvelle science. La collapsologie..

Temps de lecture estimé pour cet article : 2 minutes et 24 secondes Ce mot «collapsologie», les deux jeunes auteurs l’ont inventé. «On avait pensé à « effondrementisme », mais c’est moche et le « isme » fait trop politique», raconte Pablo Servigne, docteur en biologie. Comme Raphaël Stevens, son coauteur «éco-conseiller», il est «bibliopathe, fan d’articles scientifiques» qu’il lit par centaines. «Nous nous sommes dit qu’il faudrait créer une nouvelle science, celle de l’effondrement, qui manque aujourd’hui.» Une science qui permette de se préparer à la chute irréversible de notre société qui arrivera, parient-ils, bien plus tôt qu’on ne le dit souvent : les générations présentes pourraient en être les témoins.
Source : Libération – Collapsologie [nom] : du latin, collapsus, «tombé d’un seul bloc»

Si le concept ne vous évoque rien, je vous conseille ces deux conférences :

Tous deux sont membres de l’association Adrastia qui se définit comme suit :

Admettant l’inéluctabilité d’un déclin, voire d’un effondrement des possibilités d’existence pour l’humain à moyen ou court terme, le Comité Adrastia a pour but de favoriser les échanges d’informations et de compétences afin d’anticiper au mieux ce déclin, de tenter d’éviter une dégradation trop importante ou brutale des structures vitales de nos sociétés et de préserver malgré la déplétion les meilleures conditions de vie possibles pour le plus grand nombre.

Si l’on en croit cette jeune science, nous serions donc face au terrible constat de l’effondrement de notre civilisation, voire même à la disparition de notre espèce. Et pas dans plusieurs centaines d’années, non. Dans le temps de nos vies actuelles. Ce constat se base sur des chiffres scientifiques rigoureux et de plus en plus généralement admis qui feraient état d’une triple disparition imminente et irréversible :

  • celle des ressources qui sont au cœur de nos technologies : métaux, sable, et tout ce que nous extrayons de notre environnement ;
  • celle des sources d’énergies qui sont à l’origine même de la société moderne : charbon, pétrole,… qui, même s’il en subsistera encore dans les sous-sols, deviendront beaucoup trop chères à exploiter (les autres sources d’énergie ayant un potentiel bien moindre) ;
  • celle de l’équilibre de l’écosystème « Terre » qui est durablement impacté :  le réchauffement climatique, l’extinction massive des espèces, et la rupture des cycles naturels ont et auront des conséquences dont nous ne pouvons même pas prévoir l’ampleur.

Le propos n’est pas du tout d’affoler ou de culpabiliser (ce qui a déjà été largement fait par d’autres) mais d’envisager sereinement l’effondrement comme un processus à reconnaître, anticiper et vivre. Pour Pablo Servigne :

Il faut se mettre en transition, c’est une opportunité de changer le monde. Cela veut dire construire des « réseaux des temps difficiles »
Source : Reporterre – « Tout va s’effondrer. Alors… préparons la suite »

L’idée serait donc de « prendre acte des catastrophes qui sont en train d’avoir lieu. Il faut apprendre à les voir, accepter leur existence et faire le deuil de tout ce dont ces événements nous priveront » (La collapsologie, entre espoir et lucidité).

Sur le moment, j’ai trouvé ça très intéressant de faire l’expérience de pensée de considérer le déclin comme inéluctable. Paradoxalement, j’ai ressenti du soulagement, car en faisant ce choix au moins on peut se raccrocher à un scénario précis ! Cela structure la pensée et jugule l’angoisse de pouvoir anticiper, même s’il s’agit du pire. La plupart des condamnés à mort ne se rendent-ils pas au gibet dans un calme relatif ? C’est peut-être ce qui permet d’expliquer la douceur bienveillante des orateurs des conférences sus-citées.

Mais j’ai une telle tendance au doute que je ne peux pas me résoudre à m’arrêter à ce seul scénario, sans pour autant en désigner un autre à la place. L’ombre portée du cygne noir est là pour me rappeler que « paradoxalement, plus nous accumulons d’informations sujettes à [un] biais, plus nous sommes susceptibles de voir ces informations infirmées par l’apparition d’un « cygne noir » totalement imprévisible. Dès lors, toute prévision du futur et projection de probabilités apparaissent comme une supercherie« .

Qui cherche un pattern le trouve. Le monde est constitué d’une myriade de motifs structurels répétitifs, et il suffit d’en choisir un pour le trouver partout. Le scénario d’un effondrement est donc vrai, tout autant que le scénario d’une réorganisation miraculeuse, et à l’instant T, le fait que l’un soit déclaré plus probable que l’autre n’a strictement aucun impact sur son avènement. Seul mon imaginaire peut faire la part des choses.

Le vide ne m’effraie pas, au contraire.  Depuis mon « crash » existentiel, je m’en tiens à la singularité de l’instant présent, car pour moi, nommer un futur c’est déjà le faire exister, dans mes choix, mes actes, mes orientations. Auquel cas, même si cela devait s’avérer purement illusoire, je choisis de nommer des futurs désirables  (fussent-ils parcellaires et localisés) les rares fois où je le fais, dans une posture d’optimisme lucide déjà évoquée dans un précédent article.

Non que je veuille me protéger d’une hypothétique « vérité » que je préférerais dénier : je veux bien prendre en pleine face ma propre finitude, et il me paraît encore plus simple d’envisager conceptuellement celle de mon espèce toute entière. J’ai même encaissé ces perspectives jusqu’à la lie, fait le deuil de tous et de tout, et c’est précisément pour cela que j’ai lâché la rationalité pure pour entrer dans le monde dérisoire et indispensable de la spiritualité comme ultime rempart à l’inéluctable.

Alors, quand bien même je serais précisément en train de vivre mon tout dernier instant avant la fin d’un monde, je choisis donc de croire en la magie joyeuse de l’étonnement. C’est peut-être là, au fond, que réside le véritable propos de la collapsologie : dans l’observation d’une auto-organisation aussi fascinante qu’imprédictible…

Image : copie d’écran du film Mélancholia de Lars van Trier