À la découverte du Mahjong

Dans la mesure où il emprunte ses principales caractéristiques (tuiles en forme de dominos, dés, règles) à de multiples jeux pratiqués en Chine au cours du dernier millénaire, la filiation du mahjong reste assez mystérieuse et l'histoire de sa genèse difficile à établir. On pense cependant qu'il est un descendant direct du jeu des sapèques (cartes monétaires), dont les symboles seraient imités des billets de banques chinois du XVIIe siècle, et qu'il ne serait apparu sous sa forme actuelle que vers la moitié du XIXe siècle.

D'invention récente donc, le mahjong se fonde pourtant sur une symbolique beaucoup plus ancienne inspirée des vieux textes chinois. En effet, le carré soigneusement formé par les 144 tuiles (sortes de dominos d'ivoire ou de bambou) au début d'une partie serait la représentation de l'univers telle qu'elle est exposée dans le livre des transformations (ou Yi-King) (1)Voir à ce sujet le livre de P. Berger et J.M. Etienne "Le Mah-Jong" éditions Chiron (Algo) et selon laquelle le monde serait un espace clos divisé en quatre secteurs. Les signes finement tracés sur les tuiles illustrent ces références à l'imaginaire chinois : les 4 saisons symboliseraient le temps, les 4 fleurs le mouvement de la vie, les 4 vents (ou coins) les régions de la Terre et les 3 catégories (les roues, les axes et les nombres) les mouvements respectifs des 3 extrêmes, le Ciel, la Terre et l'Homme.

Contrairement au weiqi (ou jeu de Go), qui est considéré comme un art difficile et nécessitant un long apprentissage, le mahjong est un jeu convivial où le bruit des tuiles qui s'entrechoquent et des conversations qui fusent sont au moins aussi importants que l'issue de la partie. Le jeu ne donne lieu à aucun rassemblement ni à aucune compétition officielle, mais plutôt à des séries de parties en famille ou entre amis, où les enjeux financiers deviennent parfois importants. D'abord réservé aux classes privilégiées de Pékin et Shanghaï, il gagna toute la Chine vers 1910 puis l'Europe et les Etats-Unis (où la "National Mah Jong League" tenta en vain d'uniformiser les règles) et fut l'objet d'un véritable engouement au cours des années 20.

A l'instar des autres jeux d'argent, il fut interdit durant la révolution culturelle en Chine et n'y est aujourd'hui que toléré. Cependant, d'après Elisabeth Papineau (2)Elisabeth Papineau, chargée de cours à l'Université de Montréal, a consacré sa thèse aux jeux chinois. On retrouve ses travaux dans son livre "Le jeu dans la Chine contemporaine : mah-jong, jeu de Go et autres loisirs", Editions l'Harmattan., c'est aujourd'hui le jeu le plus populaire en Chine rurale et urbaine, auprès de toutes les classes d'âges et des deux sexes puisqu'à Shanghaï, un foyer sur deux possède un jeu de Mahjong.

Les Japonais ont, quant à eux, développé des règles très raffinées, et sont friands de mahjong au point d'avoir inventé des tables électroniques qui trient automatiquement les tuiles ! Dans le reste du monde, ce succès ne se dément pas. Profitant du nouveau media que représente Internet, le jeu continue de faire des émules par delà les frontières.

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Notes   [ + ]

1. Voir à ce sujet le livre de P. Berger et J.M. Etienne "Le Mah-Jong" éditions Chiron (Algo)
2. Elisabeth Papineau, chargée de cours à l'Université de Montréal, a consacré sa thèse aux jeux chinois. On retrouve ses travaux dans son livre "Le jeu dans la Chine contemporaine : mah-jong, jeu de Go et autres loisirs", Editions l'Harmattan.